Un discours d’exception pour Tom Hiddleston

22/04/2012, 21 h 32 min Partages0
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Tom Hiddleston, l’interprète de Loki dans Avengers, parle des vues de la société sur le phénomène super héroïque, défendant le genre et argumentant ses propos ; Un discours d’exception :
« Un peu plus tôt dans l’année, sous une cantine de fortune frappée par le vent à Gloucester, je travaillais sur un autre film avec l’acteur Malcolm Sinclair. Devant nos œufs brouillés à une heure improbable, il me dit quelque chose que j’ignorais jusque là : lorsque Christopher Reeve était jeune, fraichement sorti de Juilliard, il était régulièrement moqué par ses pairs de Broadway pour avoir accepté le rôle de Superman. C’était considéré comme indigne pour un acteur classique.

J’ai grandi en regardant Superman. Enfant, quand j’ai appris à plonger dans une piscine, je ne plongeais pas, je volais, comme Superman. Je rêvais que je venais au secours d’une fille pour qui j’avais le béguin (ma Loïs Lane) d’une brute sur le terrain de jeu (le Général Zod). Reeve, pour moi, était le premier vrai super-héros.
Depuis, nombre de grands acteurs ont transformé le genre super-héroïque en quelque chose de grand et sérieux : Michael Keaton et Jack Nicholson dans Batman, Ian McKellen et Patrick Stewart, les premiers Chevaliers des X-Men, qui ont passé le relais à Michael Fassbender et James McAvoy. En dépit de ses 20 ans de bon et loyaux services sur des films comme Chaplin ou Kiss Kiss Bang Bang, c’est son interprétation d’un Tony Stark rock star charismatique et humble à la fois qui ont a amené Robert Downey Jr sur le devant de la scène. Et la performance de Heath Ledger dans The Dark Knight a carrément changé la donne. Il a élevé la barre non seulement pour les acteurs du genre super-héroïque, mais pour tous les jeunes acteurs dans leur ensemble, et pour moi. Son interprétation était sombre, anarchique, vertigineuse, libre, et totalement, étonnamment dangereuse.
Les acteurs de tout genre, et de toute école, sont inspirés par le désir d’explorer tous les aspects de la vie, sombres ou non, et de le répercuter dans leur travail. Les artistes veulent naturellement refléter l’humanité, la leur et celle des autres, dans toute sa vertu, sa vitalité et toutes ses failles.
Rien ne m’a jamais plus inspiré que le discours de Harold Pinter en directe devant les caméras lors des Nobel de 2005. « La Vérité dans la fiction est irrémédiablement insaisissable. Vous ne pouvez pas mettre la main dessus, mais sa recherche est compulsive. Sa recherche est clairement ce qui nous guide. Sa recherche est votre but. Plus souvent que le contraire, vous tombez dessus dans un coin sombre, vous en capturez une image ou une forme qui semble y correspondre, la plupart du temps sans même vous en rendre compte. Mais la Vérité vraie est qu’il n’existe pas d’absolue Vérité dans la fiction. Il y en a beaucoup. Ces vérités se contredisent, se repoussent, se reflètent, s’ignorent. Parfois vous pensez l’avoir capturée, mais elle vous échappe et se perd.
De bien grands mots dans la bouche d’un acteur de films de super-héros, je vous entends dire. Mais les films de super-héros offre une mythologie commune, sans foi et moderne à travers laquelle explorer ces vérités. Dans notre société de plus en plus laïque, comprenant de si différents dieux et croyances, le genre super-héroïque apporte un support unique sur lequel projeter nos espoirs, nos rêves et nos cauchemars apocalyptiques. Les anciennes sociétés vénéraient des dieux anthropomorphiques, un large panthéon engendrant de nombreuses sagas, des pères et des fils, des héros martyrs, des amants éternels, etc, des histoires qui nous ont appris les dangers de l’orgueil et la primeur de l’humilité. C’est notre lot quotidien à tous, et on l’adore. Ça peut sembler cliché, mais les super-héros aussi peuvent se sentir seuls, être vains, arrogant, fiers, et souvent ils dépassent ça pour le bien de tous. La rédemption est à la portée de tous et nous devons la mériter.
Hulk en est la parfaite métaphore pour nos peurs et notre colère, et leurs conséquences dévastatrices. Il n’existe personne sur Terre qui n’ait jamais voulu écraser de colère quelque chose au moins une fois dans sa vie. Et quand la colère retombe, tout ce qui nous reste est la honte et le regret. Bruce Banner, l’humble alter ego de Hulk, est autant attiré par sa colère que nous le sommes. Cette autre super-héros, Bruce Wayne, est le Hamlet des super-héros : une âme maussade, incomprise, solitaire, condamnée à jamais à venger le meurtre de ses parents. Captain America est le symbole de l’héroïsme militaire : le leader né, le héros de guerre. Spider-Man est l’éternel adolescent. L’alter ego araignée de Peter Parker est l’incarnation de son plus grand secret, sa pensée indépendante et son pouvoir.
Les films super-héroïques représentent aussi l’apogée du cinéma en tant que spectacle. J’aime penser que les frères Lumière jubileraient devant le jeu du chat et de la souris à travers les rues de Gotham dans The Dark Knight, avec des hélicoptères parcourant effrenément le ciel, et un camion conduit par le Joker terminant sa course dans un 180° digne d’un acrobate russe. J’espère qu’ils seraient ravis devant cette folle course à travers le ciel de Manhattan à le fin d’Avengers. Ces scènes sont le résultat d’une ingénieuse idée lancée par les frères Lumière lors du tournage de L’arrivée d’un Train en Gare de la Ciotat en 1895. Les trains bougent juste beaucoup lus vite aujourd’hui. Et pas seulement les trains : camions, motos, Batmobiles et hommes en costumes volant métalliques. Le spectacle fait partie intégrante du plaisir, de l’art et de la joie partagée.
J’espère que nous avons avancé depuis ce jugement de Christopher Reeve par ses pairs. Peut-être que jouer les super-héros n’est pas si indigne de notre travail après tout.’Je crois toujours aux héros’ dit Samuel L. Jackson dans Avengers. Moi aussi Monsieur, moi aussi. »

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