Critique littéraire : J’irai cracher sur vos tombes – Boris Vian

14/02/2014, 18 h 22 min Partages0

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9782253141433« J’irai cracher sur vos tombes » est un titre qui ne laisse pas de marbre. Piqué de curiosité, on veut forcément savoir ce qui se cache derrière cet intitulé effronté : phrase d’accroche commerciale ? Sensationnalisme ? Provocation bête et méchante ?

La réponse est plus simple, cela dit. Le titre ne fait que refléter la nature du contenu de l’œuvre de Boris Vian, s’exprimant ici via l’un de ses pseudonymes, Vernon Sullivan, un prétendu auteur américain dont il se charge de la traduction française. Après lecture, pas de mensonges sur la marchandise: ce titre n’est pas fait pour les jeunes têtes blondes, et on en veut pour preuve son interdiction en 1949, trois ans après sa parution, et la condamnation de son auteur pour outrage aux mœurs. Car oui, le livre peut s’avérer très sale, violent et amoral. Petites sensibilités, s’abstenir.

J'irai cracher sur vos tombes
Image tirée de l’adaptation cinématographique du roman en 1956
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La couverture d’origine

En empruntant la plume débridée de Vernon Sullivan, Vian fait un tour du côté de la cause noire chez les blancs américains, le temps d’un roman. Il n’est pas question pour autant de défendre l’un ou de faire l’apologie de l’autre, ni d’essayer de joindre les deux bouts qui s’électrisent au moindre contact. Le racisme est alors un contexte historique, une réalité sociale, dont se sert l’auteur pour nous raconter l’histoire de son personnage loin d’être subtile.

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C’est l’histoire d’un homme sexy, trop sexy

Lee Anderson est un jeune homme de 26 ans issu d’une famille noire dans le sud étasunien. Malgré sa race, le teint très clair de sa mère mulâtresse lui a donné une peau quasi blanche, qui le confondrait sans problème avec un blanc pure souche. Suite à un événement tragique et central du récit (que l’on taira pour des raisons évidentes), Lee est contraint de quitter sa ville natale et les siens, pour aller se refaire ailleurs, là où ses origines et ses démons ne sont pas notoires. Cependant, ce départ n’est qu’un prétexte à quelque chose de plus grand, la première pierre d’un sombre édifice érigé au nom de la vengeance rédemptrice. Une vengeance terrible qui donnera à l’ouvrage ses lettres les plus sordides et ses passages les moins moraux.

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Pour vous donner une idée du personnage qu’est Lee Anderson, pensez au redoutable charmeur Georges Duroy dans « Bel-ami » de Guy de Maupassant, le côté carriériste en moins. Ce Casanova est naturellement attirant, toutes les filles tombent comme des mouches. Des mouches à qui il fait faire tout ce qu’il veut, leur dévotion n’ayant d’égal que sa malice. Cette faculté de contact sera son fer de lance pour accomplir son projet, un projet dont on ne vous donnera pas suite ici.

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