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Critique Littéraire : Oscar et la dame rose – E-E. Schmitt

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OSCAR_ROSE_jaqu.qxdÉric-Emmanuel Schmitt fait partie des auteurs français les plus traduits aujourd’hui. Depuis ses débuts dans les années 90, il cumule les prix, les reconnaissances, et enchaîne les titres à succès. Dans cette critique, nous nous intéresserons à l’une de ses œuvres en particulier, un roman épistolaire intitulé « Oscar et la dame Rose ».

Dans cet ouvrage paru en 2002, M. Schmitt explore de manière concise le quotidien d’un très jeune cancéreux condamné par sa maladie, à travers 13 lettres que l’enfant aura écrites à l’adresse de Dieu, lui racontant l’évolution de sa situation.

Malgré la thématique de départ, on découvre avec stupéfaction, au fil de la lecture, une expression décomplexée du tabou de la mort, qui est ici désamorcé par le tact et l’habile légèreté dont a fait preuve l’auteur pour nous raconter son histoire.

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Au pays des crânes d’œufs, le cynisme est roi

images tirées de l’adaptation cinématographique

Le petit Oscar à 10 ans et est malheureusement atteint d’une fâcheuse leucémie qui l’interne dans un hôpital. Sa condition installe une relation délicate avec ses parents qui habitent loin et ne peuvent venir le voir que le dimanche. C’est dans ce contexte défavorable que fait irruption Mamie-Rose, une vieille dame qui passe une fois par semaine à l’hôpital pour tenir compagnie aux enfants malades. Très vite, une relation privilégiée naît entre elle et Oscar, si bien qu’elle devient sa confidente. Devant le désespoir qui gagne l’enfant, elle lui propose d’écrire à Dieu qui, selon elle, saura l’apaiser.

C’est justement par le biais de ces lettres que se fera la narration, Oscar parlant à la première personne, décrivant ses journées, posant ses questionnements et ses observations, trouvant en cette correspondance mystique un journal intime. Autre recommandation de Mamie-Rose, chaque jour qui passe sera l’équivalent de dix années entières pour Oscar, et comme il ne lui en reste pas beaucoup, il faut vivre, et vite !

Tout le monde a droit à l’amour, surtout ceux qui n’ont en plus le temps

Peggy Blue, Bacon, Einstein et Pop Corn

Oscar va donc vivre plus de cent années en l’espace de quelques jours, passant par toutes les étapes d’une vie ordinaire, de la puberté à la vieillesse, tout cela remis à l’échelle temporelle qui lui est propre. Ce procédé est  une trouvaille remarquable de M. Schmitt. Il dynamise sensiblement le récit et constitue une accroche indéniable pour le lecteur.

En effet, on se prend de curiosité à voir comment cet enfant de 10 ans vivra son premier amour, son mariage, sa crise de la trentaine ou encore son arthrose de senior, tout cela en une semaine. On en oublierait presque que cette accélération du temps est en réalité un rappel cruel du peu de temps qui lui reste à vivre, tant il nous semble qu’Oscar a une vie bien pleine finalement.

Bien entendu, cette omission  durera le temps que l’on s’aperçoive de l’ombre grandissante de l’épée de Damoclès sur le crâne chauve d’Oscar. La dichotomie entre la projection future et les jours comptés forme tout le paradoxe dont se joue l’auteur, et on le ressent que trop bien dans les phrases du petit. Tantôt juvénile, tantôt sage et mature, sa course contre la montre précipite réellement sa maturation et sa prise de conscience, ce qui donne un sens encore plus fort au pari de vivre un jour comme dix années.

-Il y a un âge limite pour être Dame rose. Et je l’ai largement dépassé.
-Vous êtes périmées ?
-Oui
-Comme un yaourt ?
-Chut !
-Ok, j’dis rien !

53 pages plus tard : À lire absolument, pour les petits comme pour les grands

À la fois très drôle et très touchant, le roman épistolaire d’Éric-Emmanuel Schmitt impressionne par sa double lecture, son double jeu et son jonglage maîtrisé entre la condition d’un mourant et ses aspirations, surtout qu’il s’agit ici d’un enfant qui n’a presque rien vécu. Le degré d’empathie envers Oscar atteint des sommets, et c’est avec une émotion certaine qu’on s’en sépare au bout de la 13e lettre qui sera bien différente des 12 précédentes. Une lecture courte mais ô combien intéressante et marquante.