fbpx
Les deux musiciennes 1966, Baya. Source image : founoune.com

« D’inculte à un autre » : Schéhérazade aux oiseaux

Spread the love

Vinyculture comptera, à partir d’aujourd’hui, une nouvelle chronique dans sa ligne éditoriale. Intitulée « D’inculte à un autre » où une jeune « inculte » -qui ne l’est pas tant que ça- découvre au quotidien des faits historiques, artistiques, culturels et les partage. Ça instruit, ça amuse et c’est servi par Lym Onada.

Les deux musiciennes 1966, Baya.Source image : founoune.com
Les deux musiciennes 1966, Baya.
Source image : founoune.com

Schéhérazade aux oiseaux*

Direction Blida. Une visite qui aurait du avoir lieu il y a quelques semaines déjà. Un bébé est né et comme tout bébé venu au monde, il demande à être vu et admiré.

Arrivées à destination, nous nous installons dans le salon, sobre mais sympathique, en attendant l’arrivée de Mr bébé (qui s’est avéré être au-delà de nos attentes en matière d’adorabilité, un mot qui n’existe pas mais qui aurait dû).

En tant que férue de décoration intérieure, je ne peux m’empêcher d’observer chaque détail. La bibliothèque ancienne, le salon en cuir moderne, les lustres façon temple chinois, les rideaux en organza et enfin les murs nus. Nus à l’exception d’un grand tableau aux représentations plus ou moins familières. Je tente le coup en croisant les doigts :

–    C’est un Baya ?

–    Oui ! Tu connais ?

–    Heu… À vrai dire, vaguement ! Du moins, je sais reconnaître ses tableaux! Ce qui, à mon goût, est déjà pas mal.

En rentrant chez moi, je vais consulter ma petite boule de cristal nommée «Marmelada», qui m’accompagne dans mes bourdes et découvertes culturelles et se charge de m’étaler, au besoin, toutes ces connaissances que je n’ai pas.

À ma grande surprise, j’apprends que Baya ne s’appelle pas Baya (oui, c’est bizarre) mais plutôt  Fatma Haddad. Pire encore, j’apprends qu’elle avait été mariée au célèbre musicien arabo-andalou El Hadj Mahfoud qui était son ainé d’une bonne trentaine d’année et avec lequel elle a eu six enfants. Née un 12 décembre 1931, elle a vécu orpheline chez sa grand-mère. Ses premières inspirations et la création de son monde merveilleux peuplé de fleurs et d’oiseaux ont commencé alors qu’elle n’avait que 11 ans, d’abord sur de l’argile puis sur des toiles. En 1947, ses travaux sont exposés pour la première fois à Paris, c’est alors, pour elle, le début du succès et de la reconnaissance parmi les surréalistes. Publiée dans le magazine Vogue, reconnue par Picasso, son monde merveilleux en séduit plus un. À la fois sauvage, féminin, coloré, musical et naïf : il fascine !

Quelque peu freinée par ses obligations (Mon Dieu, quel mot aberrant pour une artiste) d’épouse et de mère, ce n’est qu’en 1963, après dix ans d’absence, qu’elle participe à nouveau à une exposition. Celle des « Peintres algériens » organisée pour les Fêtes du 1er novembre et préfacée par Jean Sénac. C’est ainsi qu’elle redevient assidue sur la scène artistique et qu’elle expose de façon régulière en Algérie et dans d’autres pays francophones et arabes.

Fleurs, fruits, femmes, oiseaux, luths et poissons s’invitent sur ses toiles le temps d’un voyage de contemplation colorée. L’artiste nous quitte, après une longue maladie, en 1998 nous laissant, jusqu’à ce jour, rêveur devant chaque œuvre qu’il nous arrive de croiser. Sa mission a été, pour reprendre André Breton : « De recharger de sens ces beaux mots nostalgiques: ‘l’Arabie heureuse’ ».

 

*Appellation empruntée à Tahar Djaout