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Le coup de cœur cinéma du jour : « La Piel Que Habito »

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Pedro Almodovar est dans sa superbe ! La  » Pasión » du maître espagnol est à son comble, puisqu’il nous revient cette fois, encore plus « rouge » et plus provocateur que jadis avec un thriller de science-fiction, sombre et coloré, où l’on retrouve tout l’art du maître.

Alors qu’on le croyait « dépassé par l’époque » , « incapable de se renouveler » , « ne faisant que se répéter » , à en juger les critiques mitigés à l’égard de son précédant film « Los Abrasos Rotos » , qui raconte le drame (évocateur) d’un réalisateur qui perd la vue ainsi que son actrice fétiche dont il était follement amoureux et se retrouve par conséquent, incapable d’ exercer ça passion .

Los Abrasos Rotos était un hommage au septième art, et à sa propre carrière en particulier, marquée par des œuvres restées cultes telle que  » le labyrinthe des passions » , « femmes au bord de la crise de nerfs »,  » tout sur ma mère « , ou encore « parle avec elle ».

Dans son nouveau film « La Piel Que Habito » ( La peau que j’habite), sorti en salles en octobre dernier, Pedro Almodovar, se métamorphose et change complètement de peau.

Loin de ses lamentations sur un passé douloureux (La mauvaise éducation, Volver), loin de « mala suerte », l’heure est aux règlements de comptes, dans ce polar glauque et déjanté, à mi-chemin entre thriller et mélodrame, la vengeance est un plat froid qui se déguste au scalpel.

Le film :

Entre les murs d’une luxurieuse villa, où cohabitent à géométrie mégalomaniaque, classicisme et art contemporain ; vit recluse une belle créature au regard d’antilope traquée, dans une vaste pièce au décor limité et simpliste, vêtue d’une combinaison couleur de peau, qui moule sa silhouette féline.

Sous l’œil admiratif du Dr. Robert Ledgard, qui observe depuis un grand écran, la métamorphose physique et mentale de sa captive -le fruit de plusieurs années de sublimation chirurgicale acharnée- motivé par l’amour d’une épouse tragiquement disparue, et par la soif de venger sa fille victime d’un viol.

D’un rebondissement à un autre, le projet arrive à son aboutissement final, les liens se resserrent, les sentiments se brouillent, et la question se pose : qui est prisonnier de l’autre ? Verra (Elena Anaya), la belle captive sournoise et venimeuse ou Robert (Antonio Banderas) le chirurgien diabolique et assoiffé de pouvoir ?

Arguments de bonne séance :

Esthétique :

Grâce à un cadrage parfaitement placé, des plans grandioses, et une esthétique soigneusement travaillée, Pedro Almodovar arrive à souligner une certaine beauté dans les scènes les plus sordides.

De l’art primitif au contemporain en passant par la Renaissance, Almodovar, multiplie les références artistiques, intelligemment introduites dans les scènes.

Les références ne se limitent pas à l’art plastique mais elles s’étendent à des grandes œuvres cinématographique, telle que « La Fiancée de Frankenstein » de James Whale, « Cet obscur objet du désir», « Tristana » de Buñuel, ou encore « Les Yeux sans visage »de Georges Franju.

Thématique :

La piel que habito c’est aussi le regard ironique et amer que porte le cinéaste espagnol sur le monde d’aujourd’hui. Derrière la thématique de « la marchandisation du corps  » et de « l’abus de pouvoir », Pedro Almodovar filme avec brio, la mort des valeurs morales dans la société moderne, monstrueusement consommatrice et assoiffée de chaire fraîche.

Ceci dit, le cinéaste n’en a pas fini pour autant avec ses anciens thèmes de prédilection, tel que « la relation mère-fils  » à travers le personnage d’une mère (Marisa Paredes), protectrice et envahissante.

Le thème « du sang  » comme un lien sacré chez Almodovar , empoisonné par une trahison familiale, mais également la problématique de « l’identité sexuelle  » (Est-ce le corps qui définit l’identité ? Est-ce que le changement physique suffit à lui-même dans la quête identitaire ? )

À noter que « La Piel que Habito » est l’adaptation du roman « Mygale » de l’écrivain français Thierry Jonquet, et marque les retrouvailles de Pedro Almodovar et Antonio Banderas, 26 ans après « Attache-moi ! ».