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Réaliser un film en Algérie, une passion difficile ?

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Le cinéma nous fait rêver depuis notre plus jeune âge. Qu’il soit simple divertissement ou grande passion, il est omniprésent à travers le monde. Certaines initiatives permettent au domaine de trouver sa place en Algérie. L’ouverture de nouvelles salles de projection, la création de laboratoire audiovisuel ou encore d’investissement dans des boites de productions…Cependant le manque d’infrastructure d’apprentissage sur le territoire force les jeunes passionnés à apprendre d’eux-mêmes, sur internet, ou par des groupes amateurs formés au sein de la capitale.

Quand il est question de réalisation de films, il est vite mis en évidence que ce métier nécessite des connaissances dans toutes les disciplines du 7ème art. Il n’est pas si simple de diriger des acteurs, de visualiser des scènes avant même de les avoir tournées, ou de cumuler deux métiers dont l’un n’est pas rémunéré. Sur Alger, les réalisateurs autodidactes doivent exercer leur passion sur leur temps libre, louant du matériel, demander aux amis d’entrer dans la peau de personnages le temps d’un court-métrage.

De plus en plus nombreux, certains arrivent à percer dans le milieu. C’est le cas de Farah Abada, réalisatrice du court-métrage documentaire « Je suis là » dans le cadre des Laboratoires d’Alger 2016 organisé par l’Institut Français. Il a depuis fait le tour du monde, reçu le Premier Prix du Concours  »Jeunes Journalistes Méditerranée 2017 », celui du Meilleur Documentaire au Festival du Film Franco-Arabe de Noisy le Sec et a été sélectionné pour de nombreux autres. Farah nous parle aujourd’hui de son expérience et sa passion pour la réalisation.

Qu’est-ce qui vous a passionné dans la réalisation ?

C’est la réalisation de documentaires qui m’intéresse, je pense que c’est mon moyen d’expression le plus efficace quand je veux traiter d’un sujet compliqué.

Ce qui est passionnant aussi, c’est de se lancer le défi de pouvoir transmettre des émotions par des images du réel.

Qu’est-ce qui vous a inspiré à tourner votre premier court-métrage ?

C’est le long métrage que j’ai envie de réaliser qui m’a poussé à tourner mon premier court métrage documentaire. J’ai un projet qui m’importe beaucoup et je ne voulais pas me louper en commençant avec un long métrage. Il fallait donc absolument que je passe par des ateliers pour me former et m’exercer avant de me lancer dedans, et l’atelier des Laboratoires d’Alger est arrivé !

Le thème imposé était « filmer le corps ». Après un bon moment de tergiversation et de réflexion, j’ai eu un peu de mal, mais en tombant sur des photos sur Facebook, l’histoire de Souad Douibi s’est imposée à moi comme une évidence. Je n’avais plus de questionnements. Ses énergies, son combat, son courage, son moyen d’expression… Il était clair qu’elle était le personnage de mon film.

Que faites-vous (ou faisiez) en parallèle comme métier lors de votre premier tournage ?

C’est une question intéressante car ça a été assez compliqué pour moi d’allier les deux. Je suis Journaliste Reporter d’Images (JRI), correspondante de l’AFP [Agence France Presse] au bureau d’Alger. Quand ma candidature à l’atelier a été retenue, j’avais expliqué au bureau que je ne serai pas très disponible, seulement il y a des actualités qu’il ne faut absolument pas rater surtout que personne ne peut me remplacer… La chance a voulu que durant l’atelier, la réunion de l’OPEP [Organisation des pays exportateurs de pétrole] ait été organisée à Alger.

J’ai dû quitter l’atelier une journée entière, ce qui représentait une éternité pour moi (nous n’avions que 3 jours de montage et j’en ai raté une). Pour l’anecdote, je suis d’ailleurs tombée d’une chaise d’épuisement durant la conférence de presse, j’ai encore la vidéo d’images de ma caméra qui tremble et du ministre irakien qui s’arrête de parler qui essaie de voir si tout va bien vu le bruit que la chute a engendré. La scène était digne d’un bêtisier [rires]. Cela peut un peu illustrer les difficultés que nous pouvons avoir à gérer quand le réalisateur a une double casquette. Le film me prenait énormément d’énergie. L’intervenant de l’atelier Xavier Liebard nous avait bien prévenu au début du laboratoire que ça allait nous « bouffer« , mais je n’ai pas pris ça très au sérieux, finalement ça a été le cas.

« Je pense que c’est compliqué […] de gagner sa vie grâce au documentaire »

Espérez-vous un jour gagner votre vie de cette passion ?

Ce serait l’idéal pour moi. Dans un futur lointain, j’espère y arriver. Je pense que c’est compliqué de manière général dans le monde de gagner sa vie grâce au documentaire. Mais j’espère pouvoir à un certain moment me permettre de prendre le risque d’être réalisatrice de documentaires, d’en faire mon métier principal. J’ai encore beaucoup de chemin à faire, il faut travailler dur, et surtout, je pense continuer à y croire quoiqu’il arrive, même si ce n’est pas facile tous les jours !

La volonté est un facteur-clé au cinéma, sans celle-ci le projet paraîtrait impossible. Quoi qu’il en soit, le domaine de l’audiovisuel est en plein essor en Algérie. Les Laboratoires d’Alger par exemple sont organisés par l’Institut Français chaque année, les inscriptions sont à partir du mois de Mars. De nouvelles formations sont aussi disponibles dans plusieurs institutions tels qu’au Centre de Formation dans les Métiers de l’Audiovisuel (CFMA), ou à l’Institut Supérieur des Métiers des Arts du Spectacle (ISMAS). Il vous faut seulement parfois sauter le pas !

Yannis Mehdi