Microsoft et l’ONDA s’allient : la fin du piratage en Algérie ?

Spread the love
Temps de lecture estimé 4 minutes et 37 secondes

Nous faisions état hier d’un grand mouvement de saisie de la part de l’ONDA (Office National des Droits d’Auteur et des droits voisins), qui a pris d’assaut les magasins de vente de DVD en confisquant tout ce qui était gravé ou importé sous le manteau. Serait-ce un premier pas vers le contrôle du piratage internet et de la contre-façon en Algérie ? Quel sera l’impact d’une telle mesure si l’ONDA continue sa campagne sur tout le territoire ?

L’image en une de cet article représente bien la problématique que pose le piratage et la contre-façon. Dans les pays développés où l’économie se base principalement sur la consommation du citoyen, la moindre incartade comme une acquisition illégale d’un album de musique modifie considérablement les résultats financiers au moment du bilan fiscal. Le meilleur exemple de l’enjeu du piratage reste le secteur de la musique, qui a ployé sous le poids du téléchargement illégal, générant du coup beaucoup moins d’argent liquide que par le passé, et se basant sur d’autre business modèles, à l’image du téléchargement en ligne légal (iTunes par exemple) pour rester bénéfique.

Chez nous, la consommation des produits culturels est presque totalement inscrite dans l’illégalité et ce, pour une raison précise : notre économie est loin d’être florissante, ce qui se traduit par un pouvoir d’achat déjà très faible localement, mais encore largement plus faible lorsque confronté à la devise et aux marchés étrangers, desquels nous importons musiques, films, et jeux vidéo.

Pour prendre un exemple à la fois simple et concret, un jeu vidéo qui vient de sortir en France coûte environ 60 €. 60 € c’est un peu plus de 4 % (4,15) de leur SMIC qui avoisine les 1450 €. Retenez bien ce pourcentage. Maintenant, si l’on prend ce même jeu chez-nous, le consommateur devrait payer 8 800 Da pour l’avoir, à raison d’un taux de change actuel à 14,8 (100 € pour 14 800 Da) à l’achat au noir. Et 8 800 Da, c’est près de 49 % (48,8 ) du SMIC algérien qui plafonne à 18 000 Da.

Vous voyez bien qu’on est très loin du 4 % français, et à ce prix-là, il est évident que très peu de gens oseront mettre quasiment la moitié d’un SMIC pour un simple produit de divertissement, mis à part quelques portefeuilles grassement garnis. De ce fait, pour profiter du jeu, la seule solution envisageable, c’est le téléchargement illégal, puisque toléré et impuni. Ce qu’il faut en conclure, c’est que nous n’avons pas les moyens du marché mondial, et sur certaines industries comme les jeux, nous n’existons tout simplement pas. L’Algérie ne figure même pas sur la liste de pays reconnus sur une console Nintendo par exemple.

Là où je veux vous emmener, c’est que s’il n’y a pas de téléchargement illégal, il n’y aura de toute façon pas d’achat à la place. Le manque à gagner que pourrait invoquer les entreprises est donc proche du nul. Ce qui porte notre poids sur les industries concernées à 1 gramme, ce gramme représentant les importations légales de consoles de jeu par exemple, ou de quelques packs  et coffrets collector en tout genre, impossibles à avoir par le biais du piratage.

L’ONDA a interdit tout produit culturel ne respectant pas le droit d’auteur, cette information nous l’avons comprise. Mais pourquoi l’a-t-elle fait maintenant, et surtout, quelle est l’alternative proposée car, c’est bien beau et toujours intéressant de contrer la contre-façon, mais si c’est pour n’offrir aucune solution ni garantie, ça ne rime à rien.

Sachez que l’Algérie travaille depuis près de 20 ans à son accession à l’OMC (Organisation Mondiale du Commerce), vous pouvez donc deviner que laisser le piratage exercer une telle emprise sur la consommation numérique ne peut qu’être de la (très) mauvaise publicité,  en même temps que criminel pour une économie qui se voudrait durable et pérenne. Hier encore, l’ONDA et Microsoft Algérie ont signé un protocole d’accord sur la lutte contre la contre-façon informatique. L’un offrira son expertise théorique pour détecter toute souche nuisible, l’autre s’occupera d’aller l’arracher et de réprimander toute infraction.

Si l’on prend l’affaire du côté légal, on ne peut qu’accueillir positivement cet effort qui veut faire rentrer dans les rangs et même le soutenir sincèrement. Mais pour finir d’encourager cette initiative, pour que le citoyen se voue à la même cause, il lui faut un argumentaire solide composé d’alternatives. Si demain il ne pourra plus acheter son DVD gravé à prix réduit en boutique, quel est l’autre moyen possible qui lui est proposé pour assouvir son besoin de divertissement, légalement et sans se ruiner ?

C’est là que se situe le plus gros challenge des autorités : proposer de bonnes alternatives qui arrangeraient autant les entreprises de distribution, par exemple, qui s’implanteraient en Algérie, que le consommateur avec son petit pouvoir d’achat et son salaire. On doit passer par ces intermédiaires qui feront le pont entre les différentes économies, avec la vive contribution de l’État pour araser autant que possible les prix à la convenance du niveau de vie national.


Quels acteurs l’Algérie doit-elle séduire pour les inciter à venir s’installer ? Par quel moyen trouver le bon équilibre entre légalité et accessibilité ? Comment assurer la transition sans créer de remous ? C’est à ce genre de questions que devront répondre les autorités s’ils souhaitent bien faire les choses et non créer une autre impasse culturelle.